Fabien est concentré sur son travail, il s’agit de mettre le bon déterminant devant des noms inclus dans des phrases, tâche difficile pour un dyslexique-dysorthographique qui manque totalement de repères et qui doit continuellement réfléchir. Rien n’est acquis, tout est toujours à renégocier et tout est très vite oublié.

Soudain, son œil s’égare vers la fenêtre et il dit dans un cri :

« Oh, une souris ! »

C’est vrai que la fenêtre de mon bureau donne sur les prés et une souris dans un pré, c’est assez banal. Mais il poursuit :

« Oh, une bête blanche ! »

Cette fois, je réagis… Une souris blanche dans un pré, on n’a jamais vu ça. Je cherche des yeux un moment et enfin je découvre : une adorable hermine blanche au bout de la queue noire, joue avec une petite souris sous la fenêtre puis d’un coup, elle la prend dans sa gueule et court à son trou où elle s’enfile promptement. On a repéré sa demeure et on reprend le travail. Quelques secondes plus tard, Fabien, qui a de nouveau l’œil égaré, me dit : « La revoilà ! ». Oui mais juste au bord de son petit terrier où elle retourne en un éclair… Evidemment, ce gros pataud de Bentgee, le border-Collie de mon voisin se promène, sans doute attiré par quelque effluve sympathique. Il va, vient, renifle, tourne en rond puis s’en va plus loin, faute de pouvoir concrétiser son désir de dénicher la petite bestiole de ses rêves… L’hermine ne reparaîtra pas, elle restera cachée, tandis que la neige tombe à gros flocons qui fondent en touchant le sol. C’est le genre de rééducation qu’on aime même si elle est peu productive et par malchance, je n’avais pas d’appareil-photo sous la main.

Mais qui sait, peut-être arriverai-je à la photographier sous peu, patience et longueur de temps… ?